SITUATION:
Un père ne voit plus sa fille de 8 ans depuis 6 mois et est sur le point de se résoudre à accepter cette situation. Elle ne veut plus le voir.
Monsieur se décourage, vit difficilement cette situation au niveau émotif. Cette situation va jusqu’à perturber non seulement son travail mais tout son quotidien en est affecté. Il se dit que peut-être elle osera vouloir le revoir une fois qu’elle sera un peu plus vieille, durant son adolescence. Peut-être, se dit-il qu’un père est plus utile durant cette période et que son rôle, en ce moment, n’est pas aussi important. Il en est bien peiné car depuis sa naissance, il a très bien pris soin de sa fille mais malheureusement, sa conjointe l’a quitté alors que sa fille n’avait que deux ans et demi.
À ce moment, il a toujours continué à prendre soin de sa fille et à faire, notamment, du camping avec elle.
Bien qu’il n’ait pas une garde partagée, il obtient légalement des droits de visite élargis et voit sa fille sur un horaire établi sur deux semaines, soit 3 jours/semaine et 4 jours/semaine. Cette situation lui convient tout de même car il souhaite réellement s’impliquer dans la vie de sa fille, tant au niveau de l’éducation, soin et encadrement. Comme il le dit si bien, « Je ne veux pas être un papa du dimanche ». Il continue également de verser une pension alimentaire à son ex-conjointe pour cet enfant. Toutefois, la situation s’est détériorée il y a un an lorsque sa fille est allée en vacances en Europe avec sa mère et son beau-père pour une période d’un mois durant l’été. Monsieur n’a pas pu communiquer avec sa fille pendant cette période car Madame s’y opposé sous divers prétextes (elle est occupée…) et à leur retour au Québec, l’enfant était beaucoup plus distante….peut-être se demandant notamment pourquoi elle n’avait pas eu de nouvelles de son père. Bref, les semaines ont suivi et le comportement de sa fille changeait sans justification. Alors que sa fille avait normalement toujours du plaisir à passer du temps avec son père, soudainement, elle réclamait sa mère au coucher en pleurant. Les questionnements de Monsieur sont demeurés sans réponse et c’est vers le Noël que sa fille lui a écrit qu’elle ne souhaitait plus le voir en raison de certains retards au moment où il venait la chercher à l’école. Et il ne l’a plus revu pendant des mois.
QUESTION:
Il se demande s’il ne devrait pas se résoudre à la laisser à Madame, la mère de sa fille, pour ne pas attiser plus de conflits ?
CONSEILS:
Dans un contexte où les conflits parentaux sont omniprésents, il est certainement difficile de maintenir des bons rapports avec son enfant car ce dernier se sent partagé entre ses deux parents alors qu’il ne souhaite qu’être avec les deux et leur plaire. Une séparation amènera différents émotions telles la détresse et la colère chez l’enfant, à divers degrés selon son âge, sa maturité, son contexte familial et selon s’il y a ou non des conflits ouverts entre ses parents. Même dans le meilleur des mondes, l’enfant confronté à une telle épreuve pourra rejeter un parent parce qu’il vit diverses émotions qui lui sont inconnues et/ou incomprises. Cette épreuve double de difficulté si un parent, par exemple, est tellement en colère contre son ex-conjoint qu’il agira, plus ou moins consciemment, de façon à détruire son image auprès de l’enfant dans le but de l’éloigner et même de l’éliminer de la vie de ce dernier. C’est ce qu’on appelle de l’aliénation parentale. Le parent dénigre l’autre parent et banalise son importance et son rôle, rend difficile les droits d’accès et tient peu ou pas informé l’autre parent de la situation scolaire ou médicale de l’enfant, par exemple. Il s’agit là d’exemples de comportements qui reflètent de l’aliénation parentale. En règle générale, la relation entre l’enfant et ses deux parents est nécessaire et ne doit pas être compromise par des caprices.
Bien que cette situation puisse être pénible au parent qui voit son enfant se détacher de lui et le rejeter, il est dans l’intérêt de l’enfant que les contacts soient maintenus, particulièrement quand l’enfant est en bas âge. Plus souvent qu’autrement, l’enfant ne fait qu’exprimer ses émotions ou encore réagit aux endoctrinements de l’autre parent. Dans un cas comme dans l’autre, il faut intervenir. L’enfant envoie des signaux d’alarme et il faut y être attentif.
Quant à la situation de Monsieur, il a des droits d’accès et de visite établis par une ordonnance. Rien ne semble justifier l’arrêt de ses contacts. L’enfant est encore trop jeune pour prendre une telle décision. Rien ne devrait laisser croire à Monsieur qu’il n’est pas important pour sa fille. Sa fille est peut-être confuse et accepte mal la séparation de ses parents, surtout dans un contexte où sa mère a un nouveau conjoint mais c’est au parent de prendre sa place et de rappeler à l’enfant qu’il l’aime et qu’il souhaite et sera toujours présent malgré cette séparation. La situation peut être certes difficile à vivre pour en parent, mais elle n’en est pas moins facile pour un enfant qui ne comprend pas toutes les émotions qu’il vit et qui craint l’abandon. C’est au parent à prendre les devants et à persister dans son rôle, d’encadrer et de soutenir l’enfant dans une telle épreuve. Lorsqu’un enfant rejette son parent sans motif apparent, le parent ne doit pas se décourager. L’enfant exprime sa colère et c’est au parent à faire preuve de maturité dans une telle situation et de ne pas abandonner.
Nous avons donc suggéré à Monsieur de maintenir, au moins, un minimum de contact, soit par téléphone, par courrier ou par courriel, au risque que Madame intercepte certaines de ces communications. Répétées, ces tentatives finiraient par se rendre jusqu’à l’enfant. Dans un tel contexte, le parent doit maintenir le plus de contacts avec son enfant car le temps jouera contre lui s’il s’éloigne de son enfant et est de longues périodes sans avoir, d’aucune façon, un contact minimal avec lui. Ne serait-ce que de lui écrire combien il l’aime. L’enfant doit savoir que son parent ne l’abandonne pas même si cet enfant rejette son parent.
Nous l’encourageons tout de même à tenter de rétablir les droits d’accès qui sont légalement acquis et qui ont cessé sans justification, tout en considérant le bas âge de l’enfant. Cette reprise de contact pourrait même se faire avec une tierce personne, telle une intervenante d’un C.L.S.C.
Nous l’encourageons, d’autre part, à communiquer avec Madame afin de discuter de cette situation du point de vue de l’intérêt de l’enfant de voir son père, avec qui elle a toujours passé de bons moments. Si la communication demeure difficile, ils peuvent communiquer auprès de leur C.L.S.C. afin d’obtenir le soutien d’un travailleur social ou d’un psychologue pour les accompagner dans cette épreuve et les aider à parvenir à une entente.
Aussi, Monsieur pourrait communiquer avec le C.L.S.C. afin d’obtenir soutien, écoute et encadrement relativement aux approches qu’il pourrait avoir avec sa fille dans un tel contexte.
Par ailleurs, bien que Monsieur n’avait aucune intention de procéder de nouveau devant la Cour, nous l’informons de cette possibilité qu’il a de consulter soit un médiateur avec l’accord de Madame ou de procéder avec un avocat afin de faire valoir ses droits, voire même obtenir une garde partagée ou un changement de garde.
UN DÉNOUEMENT HEUREUX:
Après plusieurs entretiens téléphonique avec Monsieur sur l’évolution de sa situation, nous recevons un message vocal de Monsieur. Je vous appelle pour vous remercier pour votre écoute, vos conseils et vos encouragements. J’ai revu ma fille, j’ai passé trois jours la fin de semaine dernière avec ma fille de 8 ans que je n’avais pas vu depuis 6 mois. Elle est enthousiaste et accepte de reprendre l’horaire de garde normal avec son père. Je tiens à vous dire merci beaucoup, je vous souhaite bonne fin de journée et merci pour ma fille.
Voilà un père qui nous a appelé pour avoir du soutien et qui a fait les efforts pour ne pas abandonner sa fille dans un contexte fort difficile où la communication avec son ex-conjointe était et demeure difficile. Après 6 mois d’attente et d’inquiétude, il a enfin revu sa fille !! Il a fait le bon choix et sa fille ne pourra jamais lui en vouloir, bien au contraire. Nous souhaitons à cette famille une belle continuité tout en sachant, comme le disait si bien Monsieur, lors d’un dernier entretien téléphonique, que rien n’est acquis ; certaines périodes sont encore empreintes de petites tensions. Toutefois, pour le bien-être de sa fille, il est maintenant heureux d’avoir persisté. Une fois de plus, lors de ce suivi téléphonique, Monsieur nous remercie d’avoir autant à cœur l’intérêt des enfants.
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